« Comme effort de carême, je vais me remettre au sport », me disait récemment un catéchumène. Une réflexion qui pourrait surprendre, tant nous sommes habitués à une approche très spirituelle du carême et du jeûne. On pourrait même être tenté d’intervenir, le doigt levé en signe de correction fraternelle : « Tt tt tt ! le carême, c’est un effort intérieur. La course à pied n’a rien à y faire ! »
Mais avant d’intervenir, peut-être faut-il prendre le temps d’écouter. Selon le principe bénédictin qui veut que le plus récemment arrivé au monastère parle le premier, Mission s’est tournée vers les convertis. Les néophytes nous mettent en garde contre la tentation d’un spiritualisme mal compris. Comme Clitandre, chez Molière, constatant : « Mon âme et mon corps marchent de compagnie » et s’en accommodant, ils nous invitent avec un certain bon sens à ne pas nous réfugier dans une foi désincarnée. Dans leur ensemble, ils plébiscitent des pratiques qui touchent la personne dans toutes ses dimensions : pèlerinages physiquement éprouvants, goût prononcé pour l’ascèse ou encore tatouages de dévotion. Ces formes de piété nous surprennent parfois dans leurs manifestations mais nous rappellent toutes que nous sommes un corps autant qu’une âme.
Après tout, ne sommes-nous pas la religion de la résurrection de la chair ? Comme nous l’explique le frère Detoc, prêtre dominicain, le christianisme est une « anthropologie intégrale » qui nous considère dans l’entièreté de notre personne. Le corps est aussi appelé à la glorification. Le mépriser, c’est prendre le risque de céder à la vieille tentation platonicienne : se prendre pour un pur esprit et se tromper de nature. Car, on le sait bien, qui fait l’ange fait la bête.
Plus généralement, ce thème du corps nous rappelle que la foi n’est pas une idée. Qu’il ne s’agit pas de la comprendre, mais de la vivre. C’est la leçon des convertis : ils ne veulent pas disserter sur le christianisme dans les salons, mais être chrétiens. Cela implique une foi qui s’incarne, et qui passe par des pratiques. Nous bousculant un peu dans nos habitudes, ces jeunes paroissiens viennent nous rappeler le besoin de dévotions concrètes. Et cela peut passer par le fait de se remettre au sport en carême – pourquoi pas ? Comme on le dit parfois, ce qui ne passe pas par la tête peut passer par les pieds !
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