Société

Bertrand Duguet

20 mars 2022

Après avoir participé au hors-série de Mission sur la présidentielle, Christophe Forcari, journaliste politique à Libération revient sur son expérience.

Jésus plutôt qu’Hanouna

« Mais que vient faire un mec de Libé dans cette revue de cul-bénis ? » : Christophe Forcari, journaliste à Libération depuis 1994, s’amuse lui-même de sa participation au hors série Mission consacré à la présidentielle. Il se déclare agnostique, alors collaborer à une revue chrétienne n’est pas dans ses habitudes. « Ce qui m’a décidé ? Dans ma courte expérience de journaliste politique, je n’ai aucun souvenir qu’on ait interrogé les candidats sur Jésus : l’idée ne pouvait que me séduire. On avait déjà interrogé les politiques sur le rapport à la Foi, mais jamais de façon aussi directe. La question les pousse à sortir du brouhaha médiatique, et les amène à dévoiler une part d’eux-mêmes, plus intime, sans devoir aller faire le clown chez Hanouna. Etre un peu brut de décoffrage sur un sujet pareil ne pouvait aboutir qu’à des réponses intéressantes. Cela amène les candidats à fendre la carapace. Marine Le Pen, par exemple, dit des choses personnelles, même si je dirais que cela ne me surprend pas : c’est une femme pleine de fragilités, du fait de son itinéraire personnel – fragilités qu’elle masque fort bien par ailleurs. A titre de comparaison, pour trouver une faille chez Sarkozy il faut y aller au burin ! »

Un sujet tabou ?

Sécularisation oblige, parler du Christ amène désormais immédiatement en France dans le champ de l’intime. « En France, remarque encore C. Forcari, on ne parle ni d’argent, ni de Foi. Ce n’est pas comme en Grèce, par exemple, où votre religion apparaissait encore récemment sur votre carte d’identité. Chez nous, la distinction des champs est ancienne, et les hommes politiques le savent. A titre d’exemple, quand mes parents venus d’Italie ont aménagé dans l’Ouest de la France, il y avait deux équipes de foot dans le village : celle du patronage et celle, « laïque », de l’Etoile Rouge… inutile de préciser que les Forcari jouaient à l’Etoile Rouge ! »

En commentateur du monde politique, C. Forcari remarque toutefois que le sujet de Jésus apporte à la campagne de 2022 un peu de fraîcheur : « durant cette campagne particulière, où un quart des français ne savent toujours pas pour qui voter, cette question apporte un peu de calme et d’apaisement. Et peut-être que cela fait du bien aux politiques eux-mêmes : pour en avoir suivis plusieurs, une campagne présidentielle est extrêmement fatigante, ne serait-ce que physiquement, et pouvoir parler de l’intime est probablement un temps de pause pour eux. »

À quand un communiste dans Mission ?

Sur les 12 candidats, 3 ne sont cependant pas présents : « Parce qu’il fallait faire des arbitrage du fait de la taille du journal, explique Samuel Pruvot, directeur de la Rédaction, nous avions choisi d’écarter Philippe Poutou et Nathalie Artaud – après un échange de mail avec elle. En revanche, cela ne s’est pas fait, mais nous aurions souhaité avoir Fabien Roussel. » « Il est logique qu’il n’ait cependant pas donné suite, commente C. Forcari : Fabien Roussel a renoué avec la grande tradition du PC, à la Georges Marchais, et fait d’ailleurs une très bonne campagne, populaire, qui fait dire aux anciens communistes : « on est de retour ! » Il est sans concessions vis-à-vis de ses adversaires de gauche, qui voudraient qu’on soit tous écolos, vegan, bio à manger sans gluten. Il n’a pas intérêt cependant à s’aventurer sur le terrain du religieux : que le candidat du PC parle de Jésus, c’est au delà du miracle… ! »

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