Léon XIV arrive en France. Beaucoup se réjouissent à la perspective de voir cet homme en blanc fouler notre sol gaulois jonché de fleurs mais aussi de noirs charbons législatifs. Ne gâchons pas notre joie qui dépasse les frontières visibles de l’Église. L’autorité morale du pape le précède. Elle parle aux hommes et femmes de bonne volonté, comme l’explique, dans nos colonnes, Ségolène Royal, qui n’est pas une dame confite en dévotion.
Certes, le temps n’est plus où l’Église de France était appelée fille aînée de l’Église. C’est désormais une vieille dame qui marche avec un déambulateur. La vitalité religieuse a déserté notre continent, se manifestant ailleurs, en Afrique ou en Asie. Il y a chez nous un effondrement objectif de la pratique dominicale, du nombre de baptêmes ou de mariages religieux. Le costume d’antan est devenu beaucoup trop large et tout mité par la postmodernité. Bref, nous sommes devenus – sans nous en rendre compte – un pays de mission.
Faut-il regretter cette époque où le pape Paul VI, recevant l’épiscopat français, lui chuchotait à l’oreille ces mots élogieux : « La France est le four où se cuit le pain spirituel de la chrétienté » ? Où sont les braises en 2026 ? Où sont les fours ? Où est le froment ? À quoi bon vouloir restaurer la chrétienté ? Loin de moi l’idée de faire mon Boris Vian et d’aller cracher sur les tombes de mes aïeux. Retenons de la chrétienté ce qui ne peut pas mourir en elle, à savoir la sainteté.
La France qu’aime Léon XIV est justement celle des saints. Une terre labourée par la grâce. Avant même de voir ses paysages, il en goûte le sanctoral. Depuis son élection, il n’a eu de cesse de parler d’eux, les saints de chez nous. Citons en vrac Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, le Curé d’Ars mais aussi Jean Eudes et Laurent de la Résurrection. Ce pape missionnaire est très impressionné par le nombre considérable de prêtres qui ont quitté l’Hexagone pour aller évangéliser le monde entier. On trouve des saints français partout ; jusqu’en Corée du Sud, où se préparent les prochaines JMJ. Des saints de tous les styles, de toutes les tailles et de tous les tempéraments qui attestent que l’Église est un mystère d’unité hier et aujourd’hui.
Notre âge d’or est-il révolu ? Évidemment non. Le nombre de catéchumènes adultes ou les demandes d’entrée en propédeutique sont des signes des temps que Léon XIV apprécie à leur juste valeur. Sans compter toutes les initiatives missionnaires qui fleurissent en France. Au Vatican, d’ailleurs, l’Église de France est regardée avec attention et une pointe d’admiration car elle demeure synonyme de créativité en matière d’évangélisation. Nous ne cuisons plus le pain de la chrétienté, mais nous semons pour la moisson future.
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