En pleine tournée dans les églises en Belgique et en France, Julie Zenatti se révèle toujours aussi énergique, inspirée et profonde. Celle qui fut l’interprète de Fleur-de-Lys dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris, en 1998, a parcouru un sacré bout de chemin. Fidèle à ses racines juives, elle se confie sur son itinéraire spirituel.

Pourquoi avez-vous décidé de chanter dans les églises ?

Chanter m’a toujours guidée dans ma vie. Depuis mon enfance, ma voix m’a conduite vers ce qui me procure de la joie. J’ai d’ailleurs commencé sur le parvis de Notre-Dame, dans le rôle de Fleur-de-Lys. Il y avait en moi une envie, peut-être silencieuse, de chanter dans ces lieux chargés de présence. Et puis une rencontre a ouvert cette porte. C’est ainsi qu’a commencé cette histoire, que j’ai reçue comme un appel. Auparavant j’entrais déjà dans les églises, non pour m’y recueillir, mais parce que ce sont des lieux pleins de beauté, d’histoire, qui appartiennent à notre patrimoine commun. Je m’y sentais bien.

Comment y êtes-vous accueillie par les prêtres et les fidèles durant la tournée ?

Avec beaucoup de bienveillance, les bras ouverts. Cette expérience m’invite à marcher humblement, à témoigner sans imposer. Je m’efforce d’être, dans cet échange, au plus proche de mon chemin vers la foi. Comme il est dit dans l’Évangile selon Matthieu : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira » (Mt 7, 7). Je suis toujours curieuse et ravie de découvrir le public qui vient me voir en concert ; parfois ce sont des habitués, parfois des familles qui font partie des fidèles des églises où je chante. C’est une joie de rencontrer ce public.

Votre rapport au public change-t-il quand vous donnez un concert dans une église plutôt que dans une salle de spectacle classique ?

Oh oui, c’est absolument différent. Dans une église, je suis accueillie par une communauté paroissiale. Je rentre chez les gens, je suis curieuse de les connaître. Nous nous rapprochons, nous communions avec la musique. C’est un moment de vérité, d’humilité, où l’on se reçoit les uns les autres. C’est très souvent un moment qui me dépasse. J’ai chanté hier dans la collégiale de Huy, en Belgique. À la fin du concert, plusieurs personnes m’ont dit : « C’était beau, car on était tous ensemble. » C’est une remarque qu’on n’entend pas quand on est dans une salle de spectacle. Dans les églises, on ressent une charge humaine et spirituelle beaucoup plus forte, qui est liée à la puissance intrinsèque de ces lieux.

Vous venez de sortir un album intitulé Le Chemin. Reflète-t-il un cheminement spirituel ?

Oui, Le Chemin est spirituel. C’est le parcours d’une femme en quête, qui cherche le beau à chaque battement de cils. J’avance, pas à pas, et je fais confiance à la Parole : « Il y a un temps pour tout, un temps pour chaque chose sous le ciel » (Qo 3,1). Je suis persuadée qu’on est toujours en chemin, notamment parce que l’on croit à « l’après ». Il est rassurant de se dire qu’il y a quelque chose après la mort, après nous. Quand on est jeune, on vit tout à 100 %, on est fougueux, on a besoin de tout brûler sur son passage, donc on ne prête pas forcément attention à cette notion d’« après ». Par la suite, on prend du recul sur les choses, on s’abandonne davantage. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être plus utile aux autres s’il existe « quelque chose après ». Nous sommes des oiseaux de passage, mais nous plantons quelque chose qui nous subsistera, nous dépassera : une idée, de l’amour…

Quelles sont les rencontres les plus importantes que vous avez vécues sur cette route ?

Celle avec Sébastien Corn, le compositeur de « Au-delà », qui m’a rassurée sur ce chemin. Ma foi est là, multiple par mes origines, mais bien présente. Chanter dans les églises me posait question. Suis-je légitime ? Et puis, en parlant de Résurrection, de Pardon, dans un échange où la question du religieux ne se posait pas en tant que telle, j’ai compris que nos cœurs sont souvent en quête du même Mystère, de la même Lumière qui nous dépasse.

Votre titre « Reste la prière » propose deux questionnements intéressants : « Qui restera pour nous guider ? » et « Sans toi, je resterai figée ». Qui est ce « toi » ?

J’ai écrit tout l’album en m’inspirant des Écritures, principalement des Évangiles, mais aussi des Psaumes. « Toi »… c’est cette présence qu’on invoque dans la nuit, quand on est perdu, blessé ou démuni. Ce « toi » qui reste même quand tout semble s’effondrer. Comme le dit le psaume 23 : « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal. » La prière est accessible à tous, car elle est une manifestation d’amour, de confiance et d’abandon.

Avez-vous des pistes de réponse ?

Je chemine, je doute, j’espère. La foi est un mouvement. Elle naît parfois dans le questionnement.

Quel est votre rapport à la transcendance ?

Je l’accueille avec joie et curiosité, sans peur. Je sens parfois cette présence qui me devance, qui me révèle. Sans mettre de mot précis dessus, je sens qu’il y a un « après ».

La première chanson de votre dernier album s’intitule « Païenne » ; vous êtes juive ; vous avez accédé à la notoriété à 16 ans en interprétant le rôle de Fleur-de-Lys dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris et vous chantez à présent dans les églises. Comment articulez-vous ces différentes expressions de spiritualité ?

Je ne les articule pas, je les vis. Elles cohabitent en moi, comme des sentiers qui mènent au même horizon. Mes racines juives, mon histoire artistique et cette aspiration spirituelle à chanter dans les églises : tout cela dialogue, se répond. Mon cœur reste tourné vers Celui qui est, au-delà des mots et des murs.

Quelle a été votre réaction lors de l’incendie de Notre-Dame en 2019 ?

J’ai ressenti une immense stupéfaction. Avec les membres de la troupe de Notre-Dame de Paris, nous sommes restés en lien depuis plus de vingt-cinq ans et nous nous écrivons régulièrement. Ce soir-là, alors que le monde entier avait les yeux rivés sur la cathédrale en flammes, nous nous envoyions des messages, nous pensions surtout avec tristesse aux générations à venir : nos enfants ne connaîtraient jamais Notre-Dame comme nous l’avions connue. Cet événement a bouleversé tout le monde. Peu importe qui on prie, Notre-Dame représente pour nombre d’entre nous un repère physique – quand on s’oriente dans Paris –, historique, émotionnel. Nombreux sont ceux qui ont eu le sentiment de perdre un membre de leur famille quand la flèche est tombée.

Selon vous, quel pouvoir la musique peut-elle avoir sur les cœurs ?

La musique peut être un pansement… La musique peut guider les cœurs, car il arrive qu’elle touche profondément les gens, par les paroles comme par la mélodie. Cette tournée dans les églises est surprenante : je découvre des lieux incroyables, magnifiques, comme dernièrement la cathédrale en grès rose de Saint-Dié-des-Vosges. Je me laisse surprendre par les endroits que je découvre, notamment par la matière sonore qui peut résonner de diverses manières dans un lieu aussi vaste. On a parfois le sentiment, quand on joue, que la musique ne nous appartient plus. Le son remplit l’espace dans sa globalité. Même si l’on prend le temps de répéter avant, l’acoustique des églises peut révéler des surprises, notamment au niveau de l’écho. C’est pourquoi je laisse des moments de silence entre les chansons. Cela donne l’impression d’un moment de recueillement ; les vibrations se calment, le son redescend, on expire pour s’apaiser, on rentre en soi. Ces instants de silence sont précieux pour les musiciens comme pour le public. Le silence, c’est la musique de l’âme.

On vous a diagnostiqué il y a quelques années une thyroïdite de Hashimoto. Comment avez-vous vécu cette nouvelle ? Cette maladie a-t-elle une incidence sur votre manière de chanter ?

Ce fut un soulagement de mettre un nom sur le mal. L’invisible est souvent angoissant. Cela n’a pas changé ma voix, mais cela m’a rendue plus indulgente envers moi-même. Là encore, j’accepte maintenant de me remettre entre les mains de Quelque chose de plus grand.

Vous avez deux enfants. Que cherchez-vous à leur transmettre ?

L’amour. Pour eux, pour les autres, pour la vie, le jour et la nuit. Je veux leur transmettre aussi une ouverture, une douceur, un respect de leurs racines. Devenir mère m’a ouverte à l’idée d’une transmission paisible, dans l’amour absolu. Mes enfants comprennent qu’on peut avoir la foi. La foi et la spiritualité sont des mouvements qui peuvent nous traverser, à un moment ou à un autre de notre vie ; parfois on en est plus proche, parfois on s’en éloigne. Souvent les enfants sont attirés par la spiritualité ; ils sentent qu’au-delà des choses visibles et perceptibles du point de vue sensoriel, il existe une présence qui nous soutient, à qui on peut se confier.

Un mot : « espérance ». Que vous inspire-t-il ?

Du beau. Pour demain. Une main tendue. Un matin nouveau. Comme l’affirme l’Évangile : « Ne vous inquiétez pas du lendemain, car le lendemain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34).

Par Eléonore de Vulpillières 

Photos de ALAIN VANSTRAELEN

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Cet article est issu du magazine suivant :
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Revue Mission n°15 – Une foule de témoins ?

Si vous tenez entre les mains cette revue Mission, c’est sans doute que vous avez mis le pied à l’Accor Arena de Paris en novembre 2025. Mais ce n’était pas pour applaudir Lady Gaga ou frissonner devant un fight de MMA.

Autre solution : un de vos amis vous a offert cet ovni médiatique pour vous inciter à regarder en direction du Ciel. Car le Royaume de Dieu est proche. Jésus n’a-t-il pas demandé à ses disciples de l’annoncer à temps et à contretemps dans toutes les nations ? Y compris la nôtre. Tous les papes, jusqu’à Léon XIV, ont relayé ce puissant message.

À Bercy, une fois n’est pas coutume, les dieux du stade ont cédé la place à Dieu. « Congrès Mission » oblige. Ce rassemblement destiné à mettre en réseau les missionnaires de France et de Navarre a fêté sa dixième édition dans un lieu XXL. Destin étonnant pour cette modeste initiative, née sur la butte Montmartre, avec une poignée de joyeux allumés carburant au Saint-Esprit et désireux de répandre cette énergie renouvelable.

À force d’entendre que le catholicisme est en régression dans notre pays, on en viendrait à douter qu’il ait encore la capacité de rassembler et d’attirer. Le doute est levé. Il est des occasions où nos églises sont devenues trop petites pour nous accueillir.

Le but n’était évidemment pas de montrer nos muscles ni de nous rassurer. Juste de nous souvenir que la grâce de Dieu est toujours à l’œuvre, comme au temps du super apôtre saint Martin que nous fêtons le 11 novembre. Un moine ardent qui plantait l’Évangile chez les Gallo-Romains comme d’autres plantent des choux en chantant.

Le catholicisme était alors naissant, minoritaire et fragile. Tout comme en 2025, où les catéchumènes frappent de nouveau aux portes de nos paroisses.

La revue Mission a fait peau neuve pour son quinzième numéro. Au-delà de l’événement Congrès Mission, elle entend être un lien durable entre tous ceux qui se dépensent, d’une manière ou d’une autre, pour faire connaître le Christ à nos contemporains. Elle veut suivre les conseils de saint Paul aux Corinthiens : « Rappelez-vous le proverbe : “À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement” » (2 Co 9, 6). Alors ne soyons pas avares : semons l’Évangile partout, y compris dans la rocaille et les ronces de l’Hexagone.

C’est le miracle que nos journalistes constatent sur le terrain. La minorité catholique est en pleine effervescence. Notre dossier principal jette un regard admiratif et prospectif sur ces nouveaux visages de la mission qui se manifestent aux quatre coins de l’horizon. Saint Paul nous exhorte à ne pas rater le coche et il a bien raison : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser » (Rm 12, 2). Pensez Mission.

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