Culture

Bertrand Duguet

1 janvier 2022

Mourir peut attendre expose un James Bond fatigué, qui ne saisit plus réellement le sens de ses actions. Mais alors même qu’il nage dans la confusion, l’agent de sa majesté va poser l’acte moral le plus résolu de sa carrière. Incohérence ? Attention spoilers…

 

OSS 007 ?

James Bond est sur le déclin : il vieillit, il faiblit. Skyfall  avait déjà révélé qu’il ne passait plus les tests physiques du MI6 ; on n’ose désormais imaginer les résultats des tests alcoolémiques ! Finie l’époque où 007 commandait avec élégance un vodka martini au shaker – pas à la cuillère ; désormais, Bond souffre d’une addiction à l’alcool largement soulignée à l’écran. Ajoutez à cela un genou en vrac, une lassitude morale après la perte de presque tous ses proches, et vous comprendrez pourquoi les services secrets lui ont accordé sa retraite.

Pendant ce temps, le MI6 lui a trouvé un remplaçant : ou plutôt un remplaçante, Nomi, une vigoureuse jamaïcaine qui a repris le matricule de 007. Franchement sur la touche, l’agent britannique n’est pas loin d’évoquer son homologue français : le spectre d’OSS 117 plane sur le double zéro.

 

Où est la boussole du Bien ?

Pourtant, Bond va reprendre du service. Il n’est peut-être plus dans le coup, mais il sait encore en donner : le revoilà amené à combattre un nouvel ennemi de l’humanité. Seulement il ne comprend plus vraiment pourquoi. C’est là que se noud le vrai drame : à la remarque de son ennemi « nous agissons tous les deux pour un monde meilleur », 007 ne trouve pas grand chose à rétorquer. « Difficile de nos jours de discerner les héros des assassins » constate son collègue de la CIA. Cet art subtil relève de la morale, et sa boussole est visiblement perdue.

 

A quoi servent désormais les surhommes comme Bond, sans causes à défendre ? Le communisme est mort, de même que le réseau Spectre, combattu durant les derniers films. Même le patriotisme de M. semble usé… Le projet « Héraclès », arme chimique d’une précision chirurgicale, met les agents à la retraite, et ce n’est pas un hasard si cette nouvelle technique porte le nom du plus grand héros grec. Le générique de début, montrant des statues antiques s’enfonçant dans les sables du passé, est explicite : les temps héroïques touchent à leur fin.

 

A défaut de savoir ce qu’il défend, Bond trouve toutefois toujours à quoi s’opposer. Le racisme scientifique est de retour avec cette arme bactériologique capable de décimer des populations entières selon leur ADN. Notons, que c’est la notion même d’ADN, dont la découverte en 1962 avait pour longtemps discrédité les théories raciales, qui est désormais en question. Le savant qui a mis l’arme au point incarne parfaitement la science sans conscience, incapable de juger d’autre chose que la performance technique. Cette science aveugle est cependant aux ordres d’un méchant assez explicitement appelé Lyutsifer. Et Bond de se rappeller que « l’Histoire n’est pas très indulgente avec les hommes qui se prennent pour Dieu »… c’est déjà ça ! 

 

Du permis de tuer à la vie donnée

De façon surprenante, c’est alors que 007 est plus que jamais désorienté qu’il accomplit le geste moral le plus puissant de son histoire : l’homme au permis de tuer va donner sa vie. Pour la première fois, Mourir peut attendre rattache James Bond à la grande tradition chevaleresque : dans un geste christique, Bond – tout de blanc vêtu pour l’occasion – décide de rester sur l’île prête à exploser. L’imbattable 007, qu’aucune chute, aucune arme secrète ni aucun méchant n’a jamais arrêté, se sacrifie pour la vie d’un enfant. C’est la mort du surhomme, pour la vie d’une petite fille. Visiblement, la Vie à encore du sens, il faut se battre pour elle. Reste à découvrir lequel. Et cette mission là n’est peut-être pas que pour James Bond…

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