4 février 2026

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Vous avez reçu la foi en famille ?
Oui. Je viens de Ptuj, une très ancienne ville de Slovénie. Il y avait un couvent franciscain et ma famille était très impliquée dans la vie de l’Église. J’ai toujours été proche des Franciscains et, à quatorze ans, j’étais servant de messe. Mes parents nous emmenaient souvent dans des sorties paroissiales. On avait une relation très vivante avec les frères.

Comment avez-vous reçu l’appel à devenir franciscain ?
Un prêtre m’a un jour demandé ce que je voulais faire plus tard. Il m’a suggéré que je pouvais peut-être les rejoindre. J’y ai réfléchi et, après le lycée, je suis parti à Ljubljana pour entrer au séminaire. C’est la Providence qui a mis les Franciscains sur mon chemin. Je les connaissais très bien et j’aimais leur manière de vivre. Je ne me suis jamais posé la question d’intégrer un autre ordre. On choisit souvent ce qui nous ressemble, n’est-ce pas ? L’année prochaine, je fêterai mes vingt-cinq ans de prêtrise en tant que franciscain.

Pourquoi avoir quitté la Slovénie ?
Après mon ordination, j’ai travaillé deux ans dans ma ville natale. Puis en 2002, j’ai été choisi pour être secrétaire à Ljubljana pendant quatre ans avant de revenir à Ptuj. J’avais envie de partir à l’étranger pour étudier. Mon rêve était de partir au Canada pour apprendre l’anglais. Beaucoup de Slovènes avaient fui au Canada pendant la Seconde Guerre mondiale et les Franciscains y ont quelques grandes paroisses, avec la liturgie en slovène.
En 2014, lors d’un chapitre général, un frère en provenance d’Italie m’a informé qu’une mission au Danemark allait s’ouvrir. Je lui ai répondu : « Désolé, mais on ne parle pas anglais au Danemark et le danois est une langue difficile… » Je n’étais pas sûr d’y arriver. Mais je me devais quand même d’essayer. On m’a donc envoyé à Oxford neuf mois pour acquérir les bases de l’anglais. En 2017, la mission au Danemark a commencé avec seulement un autre frère croate.

Vous avez été envoyé au Danemark en tant que missionnaire ?
Le Danemark est en effet une terre de mission. Avant la Réforme protestante, notre ordre y était très présent. On y avait près de 300 frères franciscains. Par la suite, l’Église catholique est restée présente à travers des prêtres diocésains. Lorsque je suis arrivé au Danemark, il y avait environ 1 % de catholiques. C’est une petite communauté mais nous sommes en croissance. Selon les dernières estimations, les catholiques ont doublé de volume. Ma paroisse (Sakramentkirken) reste toute petite malgré tout, environ 1 500 fidèles.

Mais comment êtes-vous arrivé à Nuuk au Groenland ?
Je suis arrivé ici pour la première fois en 2018 pour aider la paroisse pendant quelques semaines. À l’époque, le prêtre de Nuuk envoyait régulièrement des invitations à Copenhague pour demander du renfort tout au long de l’année. Je me suis dit que je pouvais venir à Noël. Les prêtres de paroisse sont très occupés à cette période et, comme je n’en étais pas un, j’étais disponible. J’étais un peu effrayé, car c’était la première fois que je faisais un si long voyage. Aujourd’hui, c’est plus simple de venir à Nuuk, mais à l’époque il fallait huit heures et on ne pouvait atterrir qu’à Kangerlussuaq. C’était le seul aéroport international et il était situé plus à l’intérieur des terres. Il fallait ensuite prendre un deuxième avion plus petit pour aller à Nuuk.

Quel a été votre premier ressenti en arrivant ?
Oh, mon Dieu ! Quand j’ai atterri à Kangerlussuaq, il faisait environ -20 °C. Quand je suis sorti de l’avion, j’ai senti que mon nez commençait à geler. Je me suis dit : « S’il fait aussi froid à Nuuk, je rentrerai. » Mais, merci Seigneur, ici à Nuuk il fait plus chaud (rires). La température peut descendre jusqu’à -10 °C en hiver, mais en général il fait -1 °C ou -2 °C. Par contre, quand il y a beaucoup de vent, on peut avoir un ressenti qui atteint les -20 °C.

Comment avez-vous pris contact avec les fidèles philippins ?
J’avais de l’appréhension au début parce que je ne connaissais personne. Ce n’était pas facile car, même si on célébrait la messe en anglais, les Philippins parlaient tagalog entre eux. Je ne comprenais rien. J’étais parfois assis tout seul. Mais chaque année je venais trois semaines et, au fur et à mesure, j’ai commencé à me familiariser avec les gens. Ils m’invitaient parfois à dîner et petit à petit j’ai commencé à vraiment aimer cet endroit, surtout en hiver. Il y a un silence extraordinaire. Chaque visite est comme une retraite. C’est comme un désert de glace. Il y a la neige, la glace et le soleil. La nature est magnifique. On ne peut pas voir ça au Danemark. D’ailleurs, ça me rappelle des souvenirs d’enfance. Quand j’étais petit, on avait parfois un mètre de neige en Slovénie, alors qu’aujourd’hui, quand la neige tombe, elle disparaît dès le lendemain. Au Groenland, la météo est rude et imprévisible, et les vols sont souvent retardés de quelques jours. Quand mes vols de retour vers le Danemark sont annulés, c’est toujours une joie (rires) parce que je me dis que j’ai quelques jours en bonus à passer ici. Mon cœur est au Groenland.

Les fidèles philippins sont-ils tentés de vivre en vase clos pour se rappeler leur pays ?
Non, c’est assez paradoxal, mais les catholiques philippins qui vivent ici depuis plusieurs années n’ont pas forcément envie de reproduire ce qui se fait chez eux. Un confrère philippin passe ici généralement à Pâques. Il leur propose de ranimer quelques usages propres. Mais non, ils sont devenus groenlandais désormais et citoyens danois.

Vous vivez entre Nuuk et Copenhague ?
Je viens à Nuuk comme missionnaire depuis deux ans de manière significative. Auparavant, j’étais juste de passage pour rendre service. J’ai désormais la responsabilité de la paroisse catholique et j’y passe la moitié de l’année. Mais j’ai toujours mon autre paroisse à Copenhague dont je dois aussi m’occuper. Je suis donc responsable de deux paroisses qui sont à 3 700 kilomètres de distance l’une de l’autre. Je ne peux pas changer de paroisse chaque semaine. Il me faudrait le don de la bilocation comme Padre Pio (rires).

Vous êtes donc envoyé en mission au Groenland ?
Oui. Nous sommes missionnaires par définition, au Groenland. Le tout petit nombre des catholiques nous pousse à témoigner. Cette mission est encouragée par le supérieur des Franciscains conventuels à Rome.

Par où commencer ?
Je cherche le moyen de faire venir ceux qui sont un peu effrayés à l’idée de pousser la porte de l’Église catholique. Il y a plein de choses à faire, y compris avec les touristes de passage. Je pense aussi à ceux qui travaillent sur les bateaux et qui voudraient bien pouvoir profiter de cette escale pour rencontrer une communauté catholique. La population de Nuuk est en pleine expansion et beaucoup de possibilités se présentent. Je pense aux Polonais qui travaillent ici dans le BTP et qui n’ont pas encore de contacts avec nous. Et aussi au monde de la pêche. Bref, je cherche de nouvelles voies pour évangéliser.

Propos recueillis par Larry Lock et Samuel Pruvot.

Photos de Larry Lock

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Cet article est issu du magazine suivant :
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Revue Mission n°15 – Une foule de témoins ?

Si vous tenez entre les mains cette revue Mission, c’est sans doute que vous avez mis le pied à l’Accor Arena de Paris en novembre 2025. Mais ce n’était pas pour applaudir Lady Gaga ou frissonner devant un fight de MMA.

Autre solution : un de vos amis vous a offert cet ovni médiatique pour vous inciter à regarder en direction du Ciel. Car le Royaume de Dieu est proche. Jésus n’a-t-il pas demandé à ses disciples de l’annoncer à temps et à contretemps dans toutes les nations ? Y compris la nôtre. Tous les papes, jusqu’à Léon XIV, ont relayé ce puissant message.

À Bercy, une fois n’est pas coutume, les dieux du stade ont cédé la place à Dieu. « Congrès Mission » oblige. Ce rassemblement destiné à mettre en réseau les missionnaires de France et de Navarre a fêté sa dixième édition dans un lieu XXL. Destin étonnant pour cette modeste initiative, née sur la butte Montmartre, avec une poignée de joyeux allumés carburant au Saint-Esprit et désireux de répandre cette énergie renouvelable.

À force d’entendre que le catholicisme est en régression dans notre pays, on en viendrait à douter qu’il ait encore la capacité de rassembler et d’attirer. Le doute est levé. Il est des occasions où nos églises sont devenues trop petites pour nous accueillir.

Le but n’était évidemment pas de montrer nos muscles ni de nous rassurer. Juste de nous souvenir que la grâce de Dieu est toujours à l’œuvre, comme au temps du super apôtre saint Martin que nous fêtons le 11 novembre. Un moine ardent qui plantait l’Évangile chez les Gallo-Romains comme d’autres plantent des choux en chantant.

Le catholicisme était alors naissant, minoritaire et fragile. Tout comme en 2025, où les catéchumènes frappent de nouveau aux portes de nos paroisses.

La revue Mission a fait peau neuve pour son quinzième numéro. Au-delà de l’événement Congrès Mission, elle entend être un lien durable entre tous ceux qui se dépensent, d’une manière ou d’une autre, pour faire connaître le Christ à nos contemporains. Elle veut suivre les conseils de saint Paul aux Corinthiens : « Rappelez-vous le proverbe : “À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement” » (2 Co 9, 6). Alors ne soyons pas avares : semons l’Évangile partout, y compris dans la rocaille et les ronces de l’Hexagone.

C’est le miracle que nos journalistes constatent sur le terrain. La minorité catholique est en pleine effervescence. Notre dossier principal jette un regard admiratif et prospectif sur ces nouveaux visages de la mission qui se manifestent aux quatre coins de l’horizon. Saint Paul nous exhorte à ne pas rater le coche et il a bien raison : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser » (Rm 12, 2). Pensez Mission.

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Mission s’inscrit dans la dynamique de l’événement Congrès Mission pour apporter toute l’année une nourriture solide aux missionnaires qui vont au-devant des Français. Grands entretiens, études sociologiques, reportages, articles bibliques et patristiques, fiches pratiques, débats, interviews de philosophes ou de people : tous les genres journalistiques sont convoqués pour être à la mesure des défis colossaux de la sécularisation.

Mission est aussi une promesse, celle de tisser un grand réseau missionnaire en France et d’installer l’évangélisation dans le quotidien des communautés chrétiennes. La promesse de montrer la beauté de la mission et sa diversité créative.

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